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Un siècle de paysages
Les choix d'un amateur

Musée des Beaux-Arts de Lyon

Exposition du 19 juin - 4 octobre 2010


En quittant l'atelier pour peindre en plein air, en France ou en Italie, les artistes du XIXe siècle, représentent la nature pour elle-même. De Pierre Henri de Valenciennes, Camille Corot à Eugène Boudin, 70 œuvres d'une collection privée retracent une histoire du paysage en peinture avant l'impressionnisme.

  • Le paysage classique et le développement de la peinture de plein air

    Au XVIIe siècle, les peintres Nicolas Poussin (1594-1665) et Claude Lorrain (v 1602-1682) contribuent à créer un mode de représentation du paysage qui va s’imposer pour plusieurs générations comme un idéal de perfection. Les artistes perpétuent jusqu’au milieu du XIXe siècle cette tradition classique. Selon celle-ci, la nature ne saurait être reproduite avec une fidélité objective mais recomposée et idéalisée. Elle doit être animée de personnages et de constructions, servant de cadre à une scène tirée de la mythologie ou de l’histoire antique, porteuse d’un sens moral.

    Afin de créer leurs paysages, les peintres procèdent à des études de morceaux de nature (arbres, rochers, bâtiments, nuages et ciels) qui constituent pour eux un répertoire de motifs. Dès le XVIIe siècle, des témoignages attestent de tels travaux menés par certains d’entre eux hors de leur atelier, face à la nature. À compter des années 1780, cette pratique se généralise à travers toute l’Europe, impulsée en France par la personnalité et les écrits théoriques de Pierre Henri de Valenciennes (1750-1819).

    Cet artiste, dont l’enseignement à l’École des Beaux-Arts de Paris va former toute une génération, est l’auteur d’un traité paru en 1800, Éléments de perspective pratique à l’usage des artistes. Cet ouvrage souligne l’importance pour tout peintre de se livrer à de nombreuses études sur le motif afin de se former à la représentation des éléments naturels, des phénomènes météorologiques et de la lumière.

    Il n’est pas alors question de traiter ces esquisses, réalisées rapidement, comme des œuvres à part entière, mais bien comme des documents de travail demeurant dans l’atelier. Elles ont pour finalité de constituer un répertoire formel destiné à être recomposé dans des œuvres plus ambitieuses selon les règles classiques.

  • Influences nordiques, autour de Georges Michel

    Parallèlement aux œuvres d’inspiration classique, un autre courant s’affirme dans la peinture de paysage au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, s’inspirant plutôt de l’exemple des maîtres nordiques du XVIIe siècle comme Jacob van Ruisdael (v 1628-1682), Meindert Hobbema (1638-1709), Aelbert Cuyp (1620-1691) ou Paulus Potter (1625-1654), très appréciés à cette époque par les collectionneurs.

    Les scènes représentées sont animées par des personnages rustiques, paysans ou bergers, dans une nature au caractère champêtre. Bien que plus naturalistes en apparence et travaillés eux aussi à partir d’études sur le motif, ces paysages n’en sont pas moins recomposés en atelier selon un mode pittoresque, n’offrant qu’un écho plus ou moins fidèle de sites réels.

    Parmi les artistes attachés à cette tradition nordique s’impose l’œuvre particulièrement original et personnel de Georges Michel (1763-1843), présent dans cette exposition par un ensemble important, représentatif des différentes phases de son travail. Le peintre multiplie les vues inspirées par les paysages d’Île-de-France qu’il parcourt durant toute sa carrière. Marqué par les artistes hollandais, qu’il copie pour les marchands et les amateurs, il s’inscrit dans leur héritage par sa thématique et ses compositions.

    Les ciels d’orage, les nuages de pluie, les coups de lumière, les carrières crayeuses au relief accidenté constituent les éléments marquants de son vocabulaire, associés à une facture enlevée et énergique. La silhouette récurrente d’un moulin ou d’une ville lointaine dont se distingue un clocher, tout comme parfois quelques frêles personnages, affrontent la puissance de la nature.

  • Le voyage en Italie

    L’apparition d’une clientèle d’amateurs, appréciant particulièrement la spontanéité de l’étude en plein air, favorise l’évolution de cette pratique. La naissance de ce nouveau marché bouscule le statut de ces réalisations qui, d’abord simples exercices formels, acquièrent à partir des années 1820 une position plus hybride.

    L’accroissement de la demande engendre leur multiplication, ainsi que leur répétition en atelier. Plusieurs artistes effectuent la démarche de présenter des études dans le cadre d’expositions. Leur liberté de facture contribue à une évolution du regard du public sur la notion de « fini ».

    Nombre de ces études sont réalisées lors des voyages effectués par les artistes, en particulier à travers l’Italie. Cette destination majeure de la culture classique, appréciée pour ses monuments antiques ou de la Renaissance et ses paysages chantés par les poètes, demeure alors une destination incontournable dans un parcours de formation. Il s’agit non seulement de se constituer par des études un répertoire de souvenirs des motifs vus, mais aussi d’une production destinée à financer le séjour du peintre. Si ces réalisations s’intéressent d’abord et surtout aux sites majeurs, comme Rome ou Tivoli, elles donnent aussi à voir de simples fragments de campagne ou de nature, sans caractère pittoresque.

    Expérience fondamentale pour tous, le voyage en Italie offre une atmosphère d’émulation entre artistes venus de toute l’Europe.

    Dans les années 1820, Camille Corot, Théodore Caruelle d’Aligny, André Giroux, Raymond Brascassat travaillent ainsi en commun et initient leurs confrères peintres d’histoire ou de genre à la pratique du paysage. Ces séances sur le motif, dans la campagne romaine, leur apportent une sensibilité à la lumière et au rendu atmosphérique qui marque profondément leur orientation artistique.

  • La découverte du paysage français

    Dès les premières années du XIXe siècle les artistes se lancent à la découverte des campagnes françaises. Ils entreprennent d’en représenter des sites pourtant dépourvus de tout pittoresque, sur lesquels ils portent un nouveau regard et dont ils font le sujet de leurs études et de paysages composés. Ces lieux inédits vont peu à peu s’imposer comme motifs incontournables.

    Les sites retenus sont d’abord les plus familiers. Parmi les premiers, Jean Victor Bertin dépeint ainsi avec un regard naturaliste la campagne aux environs de Paris. La forêt de Fontainebleau devient le lieu de travail d’une véritable colonie artistique dont font écho dans l’exposition les œuvres d’Auguste Lapito et Victor Dupré. Autour de Lyon, Adolphe Appian et Auguste Ravier travaillent sur le motif aux côtés de Camille Corot à Crémieu, Morestel et Optevoz. Le Suisse Alexandre Calame se consacre à la représentation des Alpes, tout comme le Dauphinois Jean Achard. Naissent ainsi des écoles régionales, à Lyon ou en Provence. Certaines régions deviennent également des destinations de voyage appréciées pour leur variété de motifs, comme la Normandie, la Bretagne ou les Pyrénées.

    La finalité de ces travaux demeure multiple selon la démarche de chaque artiste. Fidèle à la tradition classique, Camille Corot réalise une étude de l’entrée du port de La Rochelle qui lui permettra la création en atelier d’une composition plus ambitieuse. D’esprit romantique, Paul Huet ou Théodore Gudin chargent leurs ciels d’orages. De manière générale, ces œuvres présentent une évolution de plus en plus marquée vers un naturalisme et une liberté de facture. Elles révèlent une sensibilité à l’atmosphère et une attention portée à la palette, qui les conduit, chez Paul Guigou et Eugène Boudin, aux prémices de l’impressionnisme.



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